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1914


COMMEMORATION DU 11 NOVEMBRE 2014

Devant une foule nombreuse, Marlens a commémoré à sa manière l’anniversaire de l’armistice du 11
novembre 1918, marquant la fin de la Première Guerre Mondiale : Anciens Combattants, Drapeau
des Sapeurs-Pompiers, Conseil Municipal, communication du Ministre, dépôt de gerbe par Mr le
Maire, appel des morts par Cassandra et Corentin, lecture de lettres de Poilus par Chrystelle GENYDUMONT et Paul BALMENS, chant par les écoliers de Marlens.

Qui n’a pas été ému par une sonnerie aujourd’hui oubliée : le tocsin ? Un hommage plus particulier a
été rendu aux huit merlinois tués au cours de l’année 1914. À cette occasion, les écoliers de Marlens ont lâché des ballons portant les noms de ces hommes. Ces ballons ont atterri en fin de journée au nord de l’Alsace et en Allemagne,dans le Palatinat où de sympathiques grands-pères les ont récupérés. Belle symbolique quand on sait
que ces soldats sont tous tombés sous les balles ou les obus germaniques et qu’en 1914, l’Alsace était allemande. Dans la salle polyvalente, on pouvait consulter des documents consacrés à nos huit premiers morts : leurs courtes biographies accompagnées d’informations plus générales. Des dessins d’enfants (certains étaient remarquables) et ayant pour thème cette guerre, agrémentaient cette présentation.
Les personnes qui m’ont demandé des copies de ces travaux les trouveront dans ce bulletin municipal. Celles désirant recevoir un dossier complet (biographies, dossiers militaires, autres informations…), sous forme numérique ou papier, peuvent s’adresser à la mairie de Marlens ou à moi-même.
Les sources étayant ce travail ont été les suivantes : état-civil de Marlens, registres matricules (série 1R aux Archives Départementales de Savoie et de Haute-Savoie), fichier national des Morts pour la France (sur le site memoiredeshommes du Ministère de la Défense), Journaux des Marches et Opérations des 30ème, 72ème, 171ème, 222ème Régiments d’Infanterie, du 9ème Régiment de Hussards et du 11ème Bataillon de Chasseurs Alpins (site idem), historiques des unités citées ci-dessus et du 62ème B.C.A. Toutes ces sources nous renseignent sur les soldats et sur les combats, mais des informations plus personnelles permettraient de donner une touche plus intime à ces recherches. Je renouvelle donc mon appel auprès des merlinoises et merlinois, descendants des soldats de 14-18, qui
possèdent des documents : lettres, papiers militaires, photos, objets… ayant appartenu à leurs aïeux. Ces éléments serviront à retracer les parcours de ces poilus, de les faire « revivre » le temps d’une commémoration et dans le bulletin municipal. En 2015, l’accent sera mis sur les 6 tués de 1915 :
Philippe SAVIOZ de la Côte, Jean-Michel CHAPPELET du Moulin, Louis-Gaspard BRASSET du chef-lieu,
Auguste DUSSOLLIER-GOND des Savioz, Jean-François DONZEL du Thermesay et Joseph-Arthur
BRASSOUD du chef-lieu. Toutes les contributions seront bienvenues et permettront de mieux
connaitre Marlens.
                                                                            Jean-Jacques ROSAY






HOMMAGE À NOS MORTS DE 1914

La Première Guerre Mondiale a causé la mort d’une trentaine d’hommes de Marlens. À l’issue des
cinq premiers mois du conflit, d’août à décembre 1914, l’armée française comptait déjà 300000 tués,
dont huit dans notre commune. Pourquoi tant de victimes ? Les raisons sont multiples. Les uniformes
aux pantalons rouges, datant d’un autre siècle et totalement inadaptés aux exigences de cette
nouvelle guerre ? Les incessantes charges d’infanterie contre un ennemi doté d’une artillerie
moderne ? L’entêtement du haut-état-major dans ses erreurs stratégiques, refusant d’admettre que
les poitrines et les baïonnettes des fantassins français ne pouvaient rien contre les mitrailleuses et les
canons allemands ? On retrouvera encore ce « retard d’une guerre » pour d’autres raisons, lors de
l’invasion allemande de 1940, provoquant une des plus grandes catastrophes de notre histoire.
En ce 11 novembre 2014, nous avons honoré tout particulièrement, les huit soldats tombés entre
août et novembre 1914.
Maréchal des logis CHAPPAZ François-Alexis du 9ème Régiment de Hussards, 34 ans, tué le 26 août
1914 à Landécourt, département de Meurthe-et-Moselle.
Caporal PELLISSIER Jean-François du 62ème Bataillon de Chasseurs Alpins, 30 ans, père de trois enfants,
tué le 26 août 1914 à Denipaire, département des Vosges.
Soldat BOURGEOIS Jacques-Émile du 30ème Régiment d’Infanterie, 22 ans, disparu le 25 septembre
1914 à Herleville, département de la Somme.
Soldat LOSSERAND Jean-Philippe, du 30ème Régiment d’Infanterie, 31 ans, mort de ses blessures le 28
septembre 1914 à Foucaucourt-en-Santerre, département de la Somme.
Soldat DUSSOLLIER-GOND Louis-François du 171ème Régiment d’Infanterie, 21 ans, disparu le 1er
octobre 1914 dans la forêt d’Apremont, département de la Meuse.
Chasseur BOURGEOIS Claudius-Léon du 11ème Bataillon de Chasseurs Alpins, 31 ans, mort de ses
blessures le 19 octobre 1914 à Villers-Bretonneux, département de la Somme.
Soldat DONZEL Ernest-Joseph du 30ème Régiment d’Infanterie, 29 ans, mort de ses blessures le 20
octobre 1914 à Rosières-en-Santerre, département de la Somme.
Soldat de 1ère classe BRASSOD Hippolyte-François du 72ème Régiment d’Infanterie, 36 ans, tué le 25
novembre 1914 dans le bois de la Gruerie, département de la Marne.

















LE SERVICE MILITAIRE EN 1914

Depuis 1871, de nombreuses casernes ont été construites en Savoie. À Annecy, stationnent des chasseurs alpins et un régiment d’infanterie, implanté aussi à Rumilly et Thonon. Albertville et Montmélian hébergent des chasseurs à pied. À Chambéry, on trouve des hussards, des chasseurs alpins, ainsi que les fantassins du 97ème Régiment d’Infanterie, cantonnés également à Modane, Moutiers ou Bourg-Saint-Maurice. Sans compter les forts et les batteries de montagne occupés par l’armée.
La majorité des jeunes hommes de Marlens effectue son service militaire dans l’infanterie, quelquesuns
sont chasseurs. Ces unités demandent des individus très résistants, nombreux chez les paysans savoyards. Des marches de 20 ou 30 kilomètres, un lourd sac sur le dos, ne les impressionnent pas. Le service militaire est une institution importante dans la société. Il marque le passage à l’âge adulte.
D’une durée de trois ans, on le commence généralement à 21 ans. C’est pour le garçon venant d’un milieu bien souvent modeste, le saut dans la modernité : eau chaude courante, lit individuel, viande et vin à tous les repas… Beaucoup quittent leur famille et leur village pour la première fois. Une fiche matricule, ouverte le jour du conseil de révision, suit le cursus du soldat avec plus ou moins de détails. On y trouve une description physique, taille, profession dans le civil, niveau d’instruction, adresses successives... La lecture des fiches des huit merlinois tués en 1914 fait apparaitre des hommes de petite taille (de 1m54 à 1m66), sachant tous lire et écrire. Quatre d’entre eux vivent ou ont vécu à Paris au moment de leur mobilisation et trois sont mariés. Ils travaillent dans l’agriculture,
la viticulture ou le commerce.












       

Fiche matricule de Claudius BOURGEOIS (1883-1914)







LA MOBILISATION DE 1914

Au moment de la mobilisation générale du 1er août, les classes 1911, 1912 et 1913 (880.000 jeunes nés entre 1891 et 1893) se trouvent sous les drapeaux et constituent l’armée d’active. Plus de deux millions de réservistes âgés de 24 à 34 ans vont les rejoindre, puis 700.000 territoriaux nés entre 1873 et 1879 (35 à 41 ans). Puis suivront les hommes de 42 à 48 ans. Sans oublier les quelques 71.000 engagés volontaires (40000 au cours des premiers mois de la guerre), dont beaucoup d’étrangers : Alsaciens, Lorrains*, Polonais, Italiens, Juifs fuyant les persécutions... À la fin de la guerre, la France aura mobilisé 8.410.000 combattants.
Parmi les huit tués de Marlens entre août et novembre 1914, deux sont en train d’effectuer leur service militaire au moment de la mobilisation, Jacques-Émile BOURGEOIS (30ème R.I.) et Louis-François DUSSOLLIER-GOND (171ème R.I.). Cinq font partie de la réserve** : François-Alexis CHAPPAZ, Jean-François PELLISSIER, Jean-Philippe LOSSERAND, Claudius-Léon BOURGEOIS et Ernest-Joseph DONZEL. Quant à Hippolyte-François BRASSOD, à 36 ans il appartient à l’armée territoriale et n’est pas convoqué de suite. Tous les huit se retrouvent incorporés dans des régiments ou bataillons partant combattre en première ligne. Ce qui leur donne peu de chance de s’en sortir. Les départs vers le front sont rapides et beaucoup d’unités d’active engagent le combat dès la première semaine
d’août. Deux mois après la mobilisation, Marlens comptera déjà cinq morts*** et quatre prisonniers : François-Joseph GUERRAZ, Henri ANDRE, Louis CHATELAIN et François-Joseph SAVIOZ. Sans oublier les blessés.



Départ du 30ème Régiment d’Infanterie dont fait partie Jacques-Émile BOURGEOIS, Thonon août 1914.         Fonds ADHS.



*L’Allemagne a annexé Alsace et la Lorraine en 1871.

**À 24 ans quand finit le service militaire, on devient réserviste. Puis à 35 ans on passe dans l’armée territoriale et sept ans plus tard dans la réserve de l’armée territoriale. Enfin, à 48 ans arrive la libération des obligations militaires.


*** FA CHAPPAZ, JF PELLISSIER, JE BOURGEOIS, JP LOSSERAND et LF DUSSOLLIER-G









L’UNIFORME DU FANTASSIN FRANÇAIS


Au mois d’août dans la chaleur torride les fantassins français marchaient couverts de l’uniforme le plus irrationnel de tous les temps, uniforme-cible, uniforme-fardeau, pantalon rouge garance, longue capote de drap, tunique de drap, été comme hiver chemise de flanelle et caleçons longs. Par une sorte d’humour sombre, les souliers d’uniforme s’appelaient brodequins, du nom d’un ancien appareil de torture. Aucun militaire d’aucune armée du monde aujourd’hui n’accepterait de parcourir vingt kilomètres ainsi chaussé. Le fantassin marchait en tenant son fusil Lebel et en portant le barda insensé de près de 30 kilos au sommet duquel était juché, regardez les photos de l’époque si vous ne me croyez pas, le réglementaire fagot de bois pour allumer le feu au bivouac. Des centaines de milliers de fantassins avaient marché cent cinquante kilomètres et davantage, traversant de grandes forêts, sans balancer ce fagot de bois. Ainsi du moins en était-il pendant la première semaine de la retraite, la plus grande retraite militaire qu’on ait vue dans l’histoire sur la terre de France.


Georges BLOND – La Marne – 1962

L’uniforme du fantassin de 1914, par sa désuétude et son inadaptation à une guerre du 20ème siècle, va causer la mort des milliers de soldats.

                            Il est ici illustré en détail par Clémence.








1. FRANÇOIS-ALEXIS CHAPPAZ (1880-1914)

Le 12 mars 1880, rue des Anglais dans le 5ème arrondissement de Paris, Louise COURTOIS, épouse de Joseph CHAPPAZ, met au monde le petit François-Alexis. Tout comme son frère François qui est garçon d’hôtel, Joseph fait partie des milliers d’immigrés savoyards venus chercher du travail dans la capitale française.
Ses parents revenus à Marlens, François, demeuré à Paris, exerce la profession de « garçon de magasin »*. Le 15 novembre 1901, il rentre dans la cavalerie, incorporé au 9ème Régiment de Dragons à Épernay et en ressort brigadier trois ans plus tard. Il deviendra maréchal des logis réserviste, à l’issue d’une période d’exercices effectuée en 1907 à Chambéry. Le 13 octobre 1906, c’est le mariage avec Marie-Hélène LE GUEN.
Mobilisé, il arrive le 4 août 1914 au 9ème Régiment de Hussards en garnison dans la capitale savoyarde. Alors que l’ensemble de son unité part pour les Vosges, le maréchal des logis CHAPPAZ et sept autres hussards, attendent le 222ème Régiment d’Infanterie, en cours de constitution à Bourgoin-Jallieu, auquel ils vont être affectés. Ainsi, le 21 août, plus de 2200 militaires partis de Montmélian, débarquent au sud-ouest de Lunéville. Parmi eux, « 8 éclaireurs montés, 1 soldat vétérinaire », 73 chevaux et 96 mulets. Il s’agit de contrecarrer une offensive allemande en train de repousser les Français des cols vosgiens vers les rives de la Meuse. Trois jours plus tard, les combats commencent
et le 25 au soir, la troupe bivouaque dans le bois de Clairlieu, sur la commune de Landécourt. Le lendemain, bloquée dans cette forêt, elle subit « une violente canonnade » de l’artillerie ennemie, perdant 22 hommes dont un sous-officier de cavalerie.
Ce mercredi 26 août meurt le maréchal des logis CHAPPAZ, tué par un éclat d’obus. Il a 34 ans.

Mort pour la France, François Alexis est enterré à la nécropole nationale de Gerbéviller tout prêt de
Landécourt (Meurthe et Moselle).

* Au début du 20ème siècle, près de 40000 savoyards vivent à Paris.


La nécropole nationale de Gerbéviller (Meurthe & Moselle) compte 2164
sépultures de soldats français. En face, dans le cimetière militaire allemand
reposent 5462 combattants décédés durant les deux guerres mondiales.







2. JEAN-FRANÇOIS PELLISSIER (1884-1914)

Jean-François PELLISSIER voit le jour à Chaucisse (Saint-Nicolas-la-Chapelle) le 25 décembre 1884.
Originaire du Val d’Arly, c’est tout naturellement qu’il remplit ses obligations militaires à Albertville, au sein du 22ème Bataillon de Chasseurs à Pied (futurs Chasseurs Alpins), à partir d’octobre 1905, en même temps que Claudius BOURGEOIS. Il en sort deux ans plus tard avec le grade de caporal et un certificat de bonne conduite. Jean-François habite Faverges. Il épouse Marie-Anaïs BARBIER, originaire de Maurienne, en 1909 et le couple s’installe à Marlens l’année suivante, avec la petite Yvonne. Trois fils vont naître à Longemâle où les PELLISSIER sont agriculteurs : Maurice, Robert et Paul.
Mobilisé le 2 août 1914, Jean-François se rend à Albertville le jour-même. Là-bas se forme le 62ème Bataillon de Chasseurs Alpins, composé de réservistes. D’abord orienté vers la Tarentaise, les soldats rejoignent Saint-Dié-des-Vosges le lundi 24. Le lendemain, ils se trouvent engagés au nord-est de cette ville dans la défense de La Fontenelle, mais doivent reculer sous la pression ennemie dès le mercredi.
C'est au cours de ce repli que le caporal PELLISSIER de la 8ème compagnie, tombe sous les balles allemandes à Denipaire. Mort pour la France le 26 août 1914, père de famille, il est âgé de 30 ans et son dernier fils, Paul, n’a pas deux mois.
Le bataillon a subi des pertes élevées et vécu deux tristes journées. Son commandant le capitaine CLAIR, grièvement blessé, doit être remplacé. Le 62ème B.C.A. parti d’Albertville avec 1185 hommes, n'en a plus que 576 aptes au combat le 14 septembre, lorsque prend fin la campagne des Vosges.
Orphelins de père, les enfants PELLISSIER seront reconnus « Pupilles de la Nation » le 14 mars 1919.

Musiciens-brancardiers du 62ème Bataillon de Chasseurs Alpins







3. JACQUES-EMILE BOURGEOIS (1892 - 1914)

Au matin du 19 janvier 1892 Pierre-François BOURGEOIS se rend à la mairie de Marlens et déclare que son épouse Alphonsine (BRASSOD), vient d’accoucher à Longemâle, de leur fils Jacques-Émile. En octobre 1913, c’est un petit gars de 1m 54 au visage rond, qui rejoint le 30ème Régiment d’Infanterie probablement à Thonon, pour effectuer son service militaire, porté depuis peu à trois ans*.
Mais arrive la mobilisation générale de 1914. Jacques-Émile se trouve en manoeuvre en Maurienne.
Le 4 août, après une émouvante prise d'armes sur le Pâquier à Annecy, les trois bataillons du 30ème R.I. sont acheminés vers Épinal et envoyés sur les cols des Vosges. Ils y mènent de rudes combats pendant 4 semaines. Le samedi 22 août, journée noire au cours de laquelle 27000 Français meurent sur les champs de bataille, le 30ème perd 250 des siens.
Le régiment est ensuite engagé dans la Somme. Le vendredi 25 septembre à 11h30, le 3ème bataillon reçoit l’ordre d’attaquer Herleville, fortement tenu par les Allemands qui ont crénelé les murs du village. Les fantassins français en pantalons rouges et sans casque, montent à l'assaut en chantant la Marseillaise, entrainés par les clairons. La puissance de l’artillerie ennemie leur cause des pertes terribles.
Le soir, le village est pris avec l'aide du 62ème B.C.A. et du 99ème R.I., mais le soldat BOURGEOIS, 22 ans, matricule 4701, a disparu au cours de ces affrontements où sont tués ou blessés plus de 80 de ses compagnons d’armes.
Le tribunal d’Annecy le déclare « Mort pour la France » le 6 mai 1920.


* Depuis 1889 la durée du service militaire était fixée à deux ans. La loi du 7 août 1913 la fait passer à trois ans.









4. JEAN-PHILIPPE LOSSERAND (1883 - 1914)

Jean-Philippe LOSSERAND nait le 21 novembre 1883 au Bavay. Ses parents Joseph et Marie-Adélaïde
LOSSERAND sont agriculteurs. Reconnu propre au service, le voilà au 30ème R.I. à Annecy, en octobre
1906, après avoir été ajourné deux années consécutives. Il est libéré 9 mois plus tard et redevient
cultivateur.
Rappelé à l’activité, Jean-Philippe rejoint Annecy le 3 août 1914 et gagne les Vosges deux jours plus
tard. Les premiers accrochages avec l’ennemi commencent à la mi-août. Le 19 septembre, le 30ème
R.I. est acheminé près de Beauvais et remonte à pied vers la Somme. Il a essuyé des pertes
considérables. Le jeudi 24, le 1er bataillon que commande le capitaine MANGIN est engagé face à
Foucaucourt-en-Santerre, à trois kilomètres d'Herleville. Après deux journées d’affrontement, pressé
« par des forces très supérieures en nombre », il faut se replier, non sans avoir « résisté jusqu’au
dernier homme », en laissant sur le terrain de nombreux tués et blessés.
Le 28 septembre 1914, dans l‘ambulance n°2 de l'hôpital mobile de Foucaucourt où il a été
transporté, le fantassin LOSSERAND décède suite aux blessures reçues pendant ces assauts. Le 1er
bataillon a subit de telles pertes (851 combattants) que ses 104 survivants sont versés dans les deux
autres bataillons du régiment.
Mort pour la France, Jean-Philippe LOSSERAND a 31 ans. Le 8 janvier 1924, il reçoit la Médaille
Militaire à titre posthume. Son frère Philibert disparaitra lors de la bataille de Verdun en 1916.



Ambulance (poste de secours) à Foucaucourt-en-Santerre (Somme)



5. LOUIS-FRANÇOIS DUSSOLIER-GOND (1893 – 1914)

C’est à la Côte dans la ferme de ses parents, Marie-Alphonse et Eugénie (BARRACHIN) que Louis-
François DUSSOLLIER-GOND pousse son premier cri, le 31 juillet 1893 à quatre heures du matin. Son
service militaire débute à Dôle en novembre 1913 au 14ème Bataillon de Chasseurs à Cheval, mais
rapidement Louis-François intègre le 171ème Régiment d’Infanterie, affecté à la défense de la
forteresse de Belfort quand survient la mobilisation générale.
Le 29 septembre 1914, son unité, venue d'Alsace arrive par train à Lérouville au nord-ouest de Toul et
rejoint la forêt d'Apremont, sur la rive droite de la Meuse. L'objectif est de reprendre Saint-Mihiel,
occupé par les Allemands, qui tentent d'encercler Verdun. Le 1er octobre, deux compagnies
s'élancent à l'assaut du Bois d'Ailly, sur un terrain découvert et sans aucune préparation d'artillerie.
Elles s'emparent des premières tranchées allemandes distantes de quelques dizaines de mètres, mais
ne peuvent s'y maintenir, privées de tout soutien. Le journal de marche du 171ème détaille toutes les
attaques de cette journée. Elles font de très nombreuses victimes.
Parmi les disparus, le soldat DUSSOLLIER-GOND, 21 ans, reconnu « Mort pour la France » en
décembre 1929 !
Le lendemain, les nouvelles tentatives se soldent par de nouveaux échecs. En quatre jours, du 29
septembre au 2 octobre, le 171ème R.I. perd 28 officiers, 59 sous-officiers et 941 soldats. Les combats
vont continuer pendant tout le mois d'octobre, causant la mort de milliers d'hommes. Saint-Mihiel ne
sera reprise qu'en 1918.






6. CLAUDIUS-LÉON BOURGEOIS (1883 - 1914)

Claudius-Léon BOURGEOIS vient au monde le 4 avril 1883 à Marlens où ses parents, Joseph et Adèle
(CARRIER) sont cultivateurs. D’abord ajourné, il est reconnu apte au service et rentre au 22ème
Bataillon de Chasseurs à Pied d’Albertville, le 8 octobre 1905. Soutien de famille, il est libéré à peine
un an plus tard. Installé ensuite à Paris, Claudius revient à Marlens où il s’établit viticulteur.
Le 2ème classe de réserve BOURGEOIS est mobilisé au 11ème B.C.A. d’Annecy, qu’il intègre le 3 août
1914. Les chasseurs qui se trouvaient en manoeuvre dans le Beaufortain, sont rentrés à marche
forcée via Ugine et Faverges, afin de préparer la mobilisation. Le bataillon quitte sa ville de garnison le
5 août, pour aller se battre dans les Vosges. Il subit son baptême du feu, quatre jours plus tard au col
du Bonhomme et a déjà perdu plus de 160 combattants le 13 août. Claudius, resté en réserve à
Annecy, part le dimanche 23, retrouver ses camarades déjà rudement éprouvés. Engagés ensuite
dans "la course à la mer", les chasseurs sont transportés dans la Somme et se battent à Lihons le 25
septembre où la compagnie de Claudius (la 2ème) a fort à faire avec des soldats bavarois. Ce même
jour, à trois kilomètres de là, tombe Jacques-Émile BOURGEOIS de Longemâle, fantassin au 30ème R.I.
Le bataillon continue vers le nord-ouest. Français et Allemands se font face et commencent à
s’enterrer dans leurs tranchées, créant une situation qui va durer quatre ans. Le 18 octobre, un
peloton de la 2ème compagnie est désigné en soutien à l’attaque d’une carrière à Villers-Bretonneux,
tout près d'Amiens.
Le lendemain, à 4 heures du matin, le chasseur BOURGEOIS, succombe aux blessures reçues lors de
cet assaut.
Mort pour la France à 31 ans, Claudius repose au cimetière de Marlens.







7. ERNEST-JOSEPH DONZEL (1885 - 1914)

C’est au Thermesay, le 16 juillet 1885 à 6 heures du matin, que nait Ernest-Joseph, fils de Joseph
DONZEL et de Marie-Virginie LAVIGNE, agriculteurs. Le 9 octobre 1906, un jeune garçon,
reconnaissable à une cicatrice près du front, franchit l’entrée du 30ème R.I., pour y effectuer son
service militaire*. En avril 1910, le voilà à Paris, où il vient travailler comme garçon épicier. Ernest
demeure dans la capitale française, habitant différents arrondissements, jusqu’à la guerre.
Mobilisé en août 1914, il arrive à Annecy le mercredi 5, jour de l’embarquement en direction
d’Épinal. Les trains attendent à la gare. Ils vont emmener « 58 officiers, 3210 sous-officiers et
hommes de troupe, 188 chevaux et mulets ». Pendant six semaines, le 2ème classe DONZEL participe
aux opérations, des Vosges aux rives de la Somme, avec ses camarades fantassins, hussards ou
chasseurs tués, blessés ou disparus par milliers. Vers la mi-octobre, le régiment s’installe au sud-ouest
de Péronne, creusant tranchées et boyaux, construisant des abris. Il quittera cette position à la fin de
juillet 1915.
Tout près de ce secteur, à Rosières-en-Santerre, le 20 octobre 1914, Ernest-Joseph DONZEL, 29 ans,
s’éteint « des suites de blessures de guerre ».
Mort pour la France, il repose à la nécropole nationale de Lihons (Somme). Son frère Jean-François
sera tué en Champagne en 1915.
*Il y retrouve peut-être Jean-Philippe LOSSERAND du Bavay.
          
       Archives famille LADET


  Ernest-Joseph DONZEL, Mort pour la France le 20 octobre 1914





8. HIPPOLYTE-FRANÇOIS BRASSOD (1878 – 1914)

Le 21 mai 1878, Philibert BRASSOD présente à la mairie de Marlens son fils Hippolyte-François, né la
veille au Thermesay. La mère est Claudine GAUDIN. Hippolyte devenu un garçon blond aux yeux bleus
de 1m 66 est d’abord dispensé de service. Il fait ensuite partie des nombreux jeunes savoyards
affectés au 30ème R.I. qu’il rejoint en novembre 1899 à Annecy pour quelques mois. Fin 1900, le voilà
garçon de magasin à Paris, où il se marie le 22 août 1903 avec Marie-Arthémise CONDEYRETTE
originaire d’Auvergne.
La fiche matricule n°485 indique qu’Hippolyte est rappelé à l’activité le 1er août 1914, mais sans
donner la date d’arrivée au dépôt qui lui est attribué. Incorporé depuis deux ans dans l’armée
territoriale, il n’est normalement pas convoqué de suite. On le retrouve soldat de 1ère classe au 72ème
Régiment d’Infanterie le 7 novembre*. D’abord engagée en Belgique, cette unité participe à la bataille
de la Marne puis on la retrouve en Argonne au nord de Sainte-Menehould à la mi-septembre. La
guerre va bientôt se figer dans les tranchées. Le 23 novembre, le 72ème relève un autre régiment
d’infanterie et prend position au sud du bois de la Gruerie dans le secteur de la Fontaine aux Charmes
dans la Marne. Chaque jour des hommes meurent pour prendre quelques mètres de tranchées que
l’on perd quelques heures plus tard.
Ainsi le 25 novembre 1914, le fantassin de 1ère classe Hippolyte-François BRASSOD, 36 ans, est tué au
« combat du Bois de la Gruerie, devant la Harazée… à sept heures du matin sur le champ de bataille ».
Mort pour la France, il a 36 ans, est marié et père de famille. « Un secours de 150 francs » est
accordé « à sa veuve résidant à Paris » en avril 1915
* La fiche mentionne « passé au 172ème Regt d’Infanterie le 7 novembre 1914 ». Il doit s’agir du 72ème car le
172ème se bat en novembre dans la Meuse près de Saint-Mihiel où d’ailleurs, Louis DUSSOLLIER-GOND a disparu
le mois précédent.


 
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