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1915


CEREMONIE DU 11 novembre 2015 à marlens



Merci aux nombreux merlinois de nouveau présents autour de notre Monument aux Morts pour la cérémonie du 11 novembre 2015. Cette 97ème commémoration de l’Armistice de 1918 a été, pour nous, l’occasion de rendre un hommage appuyé aux six enfants de la commune, Morts pour la France en 1915.


Appel aux morts merlinois année 1915

   

Histoire de deux frères morts pour la france

Fin 1914, la guerre a changé de visage. Fini les charges à la baïonnette contre les canons allemands, ordonnés par un haut-état-major « en retard d’une guerre ». Ce principe d’offensive à outrance, soutenue par une artillerie insuffisante, contre un ennemi déjà entré dans le 20ème siècle, a causé la mort de 300000 soldats français en cinq mois. En 1915, on s’enterre dans les tranchées, les pantalons rouges deviennent « bleu horizon », les premiers casques remplacent les képis, mais aussi apparaissent, autre « innovation technologique », les gaz de combat.

1915 a vu la mort de six merlinois sur les fronts d’Alsace, d’Artois, de Champagne ou dans des hôpitaux militaires.

Philippe SAVIOZ, soldat au 97ème Régiment d’Infanterie, 20 ans, tué le 15 février 1915 à Marœuil, département du Pas-de-Calais.

Jean Michel CHAPPELET, sapeur de 1ère classe au 4ème Régiment du Génie, 38 ans, père de trois enfants, mort le 24 mai 1915 à Pont-Évêque, département de l’Isère.

Louis BRASSET, soldat au 149ème Régiment d’Infanterie, 21 ans, mort de ses blessures le 1er juin 1915 à Bruay-en Artois, département du Pas-de-Calais.

Auguste DUSSOLLIER-GOND, chasseur au 11ème Bataillon de Chasseurs Alpins, 34 ans, marié, tué le 21 juin 1915 à Metzeral, département du Haut-Rhin. Titulaire de la Médaille Militaire.

Jean-François DONZEL, soldat au 132ème Régiment d’Infanterie, 27 ans, mort de ses blessures le 27 septembre 1915 à Souain, département de la Marne. Frère d’Ernest, mort le 20 octobre 1914.

Joseph BRASSOUD, canonnier au 2ème Régiment d’Artillerie de Campagne, 24 ans, mort de ses blessures le 4 octobre 1915 à Revigny-sur-Ornain, département de la Meuse.

Leur destinées vont sont racontées ci-dessous. Je remercie celles et  ceux qui m’ont aidé dans cette tâche, fournissant documentation ou photographies : Gérard CHAPPAZ, Janine BLANC, Denise SONNERAT, Christian LADET, Gérard BLANC, Michel DURET, Stéphane BOUILLOT.

Les personnes qui ont demandé des copies de ces travaux peuvent les extraire de ce site. Celles désirant recevoir un dossier complet (biographies, dossiers militaires, autres informations…), sous forme numérique ou papier, peuvent s’adresser à la mairie de Val-de-Chaise ou à moi-même.

                                                                                    Jean-Jacques ROSAY





9. PHILIPPE  SAVIOZ   (1894 - 1915)



Philippe vient au monde le 23 décembre 1894 à la Côte, où ses parents Jean Hippolyte et Marie (née BRASSOUD) sont agriculteurs, métier qu’il va exercer avec eux jusqu’au 6 septembre 1914. Ce jour-là, appelé sous les drapeaux, il rejoint le 97ème Régiment d’Infanterie à Chambéry, emboitant le pas de son frère ainé François Joseph, mobilisé au sein de cette même unité.

La fiche matricule de Philippe n’indique pas la date de son départ pour le front. On le retrouve à Marœuil, tout près d’Arras, début 1915. Installé dans le secteur de la Targette, son régiment consolide au mieux ses positions. Il a perdu la moitié de ses effectifs. Un calme relatif règne à cet endroit du front, « seulement » trois blessés au cours des deux premières semaines de février. Les soldats se consacrent à divers travaux : nettoyage de boyaux, construction d’abris ou de postes de tir, renforcement des réseaux en fils métalliques barbelés... Les patrouilles envoyées en avant « ne signalent rien d’anormal chez l’ennemi ». Le dimanche 15 février en début d’après-midi, des obus de gros calibre commencent à tomber sur la tranchée des Riez, où travaillent des hommes du 3ème bataillon. Trois projectiles provoquent des dégâts matériels peu importants. Mais « à 17 heures, deux obus tombent à nouveau dans un boyau reliant la tranchée à un abri de la section Darguin », blessant deux hommes et en tuant trois autres.

Parmi eux, le fantassin SAVIOZ, Mort pour la France à 20 ans. Il repose désormais dans l’ossuaire de la Nécropole Nationale La Targette à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais). Il est titulaire de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre avec étoile de bronze.

Son frère ainé François  étant prisonnier en Allemagne (1), sa famille reçoit un secours de 150 francs octroyé par l’armée.

1. François décèdera pendant son retour de captivité en décembre 1918.




                                    Contribution photo Janine BLANC
Philippe SAVIOZ, Mort pour la France le 15 février 1915


Extraits du Journal des Marches et Opérations du 97ème Régiment d’Infanterie à la date du 15 février 1915.
Site Mémoire des Hommes.





10. JEAN MICHEL  CHAPPELET   (1877 - 1915)


Jean Michel CHAPPELET ne commence pas sa vie sous le signe de la chance. Il voit le jour au Moulin, dans la matinée du 8 juillet 1877, suivi par sa sœur jumelle qui ne lui survit pas. Puis sa mère Françoise (née CHEVALLIER), décède le lendemain matin. Jean Michel se destine à devenir meunier, pour succéder plus tard, à son père Joseph. Il effectue son service militaire au 1er Régiment de Hussards qu’il quitte, cavalier de 1ère classe, en septembre 1901. Revenu au Moulin, il se marie avec Louise BARDET, l’année suivante. Cinq enfants vont naître, deux mourront prématurément.



                                                                          Contribution photo Denise SONNERAT
Jean Michel CHAPPELET, Mort pour la France le 24 mai 1915

« Rappelé à l’activité par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 », Jean Michel, âgé de 37 ans, commence la guerre au sein d’un groupe territorial d’artillerie (1). Pas pour très longtemps puisqu’en février 1915, le voilà muté au 14ème bataillon du 4ème Régiment du Génie dont les compagnies mènent une intense guerre des mines en différents lieux du front.

Qu’advient-il ensuite ? La fiche matricule n°895 de Jean Michel donne peu d’informations. Malade ou peut-être blessé, le voilà hospitalisé à Pont-Évêque (2), où il meurt le lundi 24 mai 1915. En  septembre, sa veuve reçoit « un secours de 150 frs…payé par le 4éme Génie ».

Père de trois enfants, Mort pour la France à 38 ans, le sapeur CHAPPELET a été inhumé à Marlens aux côtés avec son épouse Louise, décédée en 1961. Gaspard, Joseph et la petite Joséphine, qui a si peu connu son père, seront déclarés « Pupilles de la Nation », en juin 1918.


1. à 24 ans quand finit le service actif, on devient réserviste. Dix ans après, on passe dans l’armée territoriale.

2. Un hôpital militaire temporaire, le n° 111 bis, installé dans l’école communale de Pont-Évêque (Isère), fonctionne depuis septembre 1914.





11. LOUIS GASPARD  BRASSET   (1894 - 1915)



Louis Gaspard naît au chef-lieu le mercredi 10 octobre 1894 où ses parents, Patrice et Julie (née BARDET) vivent de l’agriculture. La famille s’installe ensuite  à Carouge, dans le canton de Genève. Louis, jeune homme d’assez grande taille, exerce la profession de dactylographe. En septembre 1914, à bientôt 20 ans, il intègre le 97ème R.I. à Chambéry, peu après Philippe SAVIOZ. L’âge d’entrée au service militaire a été avancé pour motif de guerre.

Le 13 mars 1915, Louis rejoint le 149ème Régiment d’Infanterie qui se bat depuis octobre en Artois, où les Alliés préparent une nouvelle offensive d’envergure. Le 9 mai à 10 heures, les unités engagées dans cette bataille s’élancent vers leurs objectifs, baïonnette au fusil, en atteignent quelques-uns, mais se heurtent à une très forte résistance allemande. De violentes contre-attaques ennemies, soutenues par une artillerie efficace, débutent dans la dernière semaine du mois. Sur les pentes de Notre-Dame-de-Lorette, le fantassin BRASSET de la 7ème compagnie est sérieusement blessé le 29 mai. Il décède le mardi 1er juin, à l’ambulance 16/9 de Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais).

Mort pour la France à moins de 21 ans, Louis BRASSET a sa sépulture dans le carré militaire du cimetière communal de Bruay-en-Artois (1). Il est titulaire de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre avec étoile de bronze.

Ces combats sans trêve vont durer jusqu’au 24 juin, causant la perte de 102500 soldats français, fantassins, zouaves, tirailleurs, artilleurs, légionnaires, chasseurs à pied…, tués, blessés ou disparus pour conquérir 20 km².

1. Son frère Ferdinand, appelé sous les drapeaux en 1916, servira dans le Génie jusqu’à la fin de la guerre.





12. AUGUSTE EMILE BALTHAZARD DUSSOLLIER-GOND  (1881 - 1915)



Auguste Émile Balthazard pousse son premier cri le 25 mai 1881 aux Savioz, où ses parents Jean François et Judith (DUCRUET) sont cultivateurs. Tiré au sort sous le numéro 12 (1), puis reconnu bon pour le service, le voici incorporé au 11ème Bataillon de Chasseurs Alpins, le 15 novembre 1902 à Annecy. Deux ans plus tard, ses obligations militaires remplies, Auguste retrouve Marlens puis part travailler à Paris, où se trouvent déjà ses deux frères ainés. Il épouse Marie REVIAL en 1911. Le couple vit dans le 2ème arrondissement, rue Saint-Denis.

Mobilisé comme réserviste, il arrive en Haute-Savoie début août 1914 et va attendre son embarquement pour le front, pendant sept semaines. Destination : la Somme où les chasseurs se battent au sud de Dompierre-Becquincourt, près de Péronne. Auguste y est blessé le 2 octobre (2). Évacué ensuite vers l’arrière, il revient au dépôt d’Annecy pour deux mois. Le 25 janvier 1915, départ en renfort, cette fois pour  Gérardmer où le 11ème B.C.A., très éprouvé, profite d’un repos bien mérité, avant d’entamer sa progression vers l’est, le 18 février.

Le 17 juin, le bataillon s’installe dans des tranchées fraichement conquises, non loin de Metzeral en Alsace. Le 21, une nouvelle attaque permet d’atteindre la gare de cette localité. Malheureusement, on déplore la perte de 361 combattants français en quatre journées d’offensive.

Parmi eux, le chasseur DUSSOLLIER-GOND «tué à l’ennemi au combat de Metzeral » le lundi 21 juin 1915. Mort pour la France à 34 ans, inhumé dans le cimetière de Maison-Brûlée, il reçoit la Médaille Militaire à titre posthume, le 8 mai 1924.


1. Depuis 1872, on désigne les conscrits par tirage au sort, avec possibilité de se faire remplacer ou exempter. La loi de 1905 supprime le tirage au sort, les remplacements et les exemptions.

2. quelques jours plus tôt, tout près de Dompierre-Becquincourt, Jacques Émile BOURGEOIS et Jean Philippe LOSSERAND du 30ème R.I. n’ont pas eu cette « chance ». Ils ont été tués lors d’assauts meurtriers.




13. JEAN FRANCOIS DONZEL   (1888 – 1915)


Le 23 janvier 1888, Joseph DONZEL, cultivateur au Thermesay avec son épouse Marie (née LAVIGNE), vient déclarer la naissance de son fils, Jean François, survenue deux jours auparavant. Jean François, garçon blond aux yeux bleus, n’a pas le projet d’aller vivre à Paris, comme son frère ainé Ernest. Il part tout de même un peu loin de Marlens, remplir ses obligations militaires. Le 1er octobre 1909, il intègre pour deux ans le 13ème Régiment de Chasseurs à Cheval situé à Valence, puis revient vivre au Thermesay.

Réserviste, Jean François « rappelé à l’activité à la mobilisation générale », rejoint le 14ème Escadron du Train, le 2 août à Lyon. Difficile ensuite de connaître son parcours, car cette formation, divisée en de nombreuses compagnies, agit sur divers fronts. Le 4 avril 1915, il passe à la 3ème compagnie du 132ème Régiment d’Infanterie, unité engagée en Champagne, dans les terribles combats des Éparges (1). Les hommes se préparent à enlever une crête qu’ils mettront cinq longues journées à conquérir.

Après plusieurs mois de repos et d’instruction, le 132ème R.I. repart pour une nouvelle grande offensive en Champagne. Le 27 septembre à 13h30, arrive « l’ordre d’attaquer sur la butte de Souain, la tranchée dite du Satyre… ». Déterminé, le 1er bataillon, qui avance face à une violente mitraille, se heurte aux fils barbelés ennemis demeurés intacts, malgré la préparation d’artillerie. Bloqués, les combattants tiennent leur position sous un déluge d’acier, perdant tous leurs chefs. Le 2ème bataillon subit le même sort. La nuit n’arrête pas les tirs.

Les victimes causées par cette attaque sont probablement nombreuses, le journal de marche ne les précise pas. Le fantassin DONZEL du 1er bataillon, 27 ans, matricule 3377, blessé mortellement ce lundi 27 septembre, en fait partie. Mort pour la France, titulaire de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre, il repose dans le Cimetière Légionnaire de Souain-Perthes-lès-Hurlus.
Pour la seconde fois, le Maire de Marlens a le triste devoir d’annoncer à la maman de Jean François, la perte d’un fils (2).



                                                                         Contribution photo Christian LADET
Jean François DONZEL, Mort pour la France le 27 septembre 1915

1. Ces combats ont été rendus célèbres par Maurice GENEVOIX. Lieutenant au 106ème R.I., futur académicien, il les a magnifiquement décrits dans son livre « Les Éparges » (1923).

1. Marie LAVIGNE a déjà perdu son mari en 1905, sa fille Émilie, âgée de 21 ans, en 1912 et son premier fils Ernest, mort dans la Somme en octobre 1914.



                                            Lettre de Jean-François à sa sœur du 5 juillet 1915.                           Archives Christian LADET







14. JOSEPH ARTHUR  BRASSOUD  (1891 – 1915)



Joseph Arthur naît au chef-lieu le 8 mai 1891 où vivent ses parents, Jean, qui est charron, et Josephte (née THABUIS). Joseph travaille avec son père. En octobre 1912, il entre au 2ème Régiment d’Artillerie de Campagne. Créée deux siècles auparavant, cette unité a participé à de nombreuses batailles, dont celle de Solferino, aux côtés des troupes savoyardes et italiennes en 1859. Basé à Grenoble, elle est organisé en neuf batteries, comprenant chacune quatre canons de 75 mm. Ses soldats viennent, pour la plupart, du Dauphiné ou de la Savoie.

Le samedi 1er août 1914 à 15 heures, l’ordre de mobilisation générale parvient au corps. Les premiers artilleurs débarquent dans les Vosges le vendredi suivant. Le baptême du feu, avec ses premiers morts, ne tarde pas. Ensuite, le 2ème R.A.C. se dirige vers la Somme où combat le 30ème Régiment d’Infanterie d’Annecy. Il va y rester jusqu’au 9 août 1915, date de son départ pour la Champagne, en vue de la grande offensive de septembre. Le canonnier-servant BRASSOUD appartient à la 7ème batterie qui installe ses pièces près de Perthes-lès-Hurlus. Le 25 septembre à 8 heures, après un mois de travaux commencent les tirs d’artillerie précédant les premiers assauts. Le surlendemain, alors que la bataille fait rage, la batterie « reçoit des obus de gros calibres allemands. L’un d’eux vers 16 heures tombe sur la 3ème pièce », la déplace de 6 mètres, provoque la mort de deux hommes et en blesse deux autres, dont Joseph BRASSOUD, qui, « projeté au loin » retombe, le corps criblé d’éclats. Transporté à l’HOE (1) de Revigny-sur-Ornain (Meuse), il meurt d’une septicémie occasionnée par ses multiples blessures, au matin du lundi 4 octobre dans l’ambulance n° 16 du groupe 20.

Mort pour la France à 24 ans, le canonnier BRASSOUD repose dans la tombe n°39 de la Nécropole Nationale de Revigny-sur-Ornain. Sa pièce fera l’objet d’une citation à l’ordre de la 27ème Division le 12 octobre suivant : « sous un violent bombardement d’artillerie de gros calibres allemands, a continué à tirer jusqu’au moment où un obus ayant fait exploser le caisson tua deux servants et blessa deux autres. Le personnel survivant se mit aussitôt à la disposition du lieutenant pour assurer le tir de la batterie ». Joseph reçoit la Médaille Militaire à titre posthume en janvier 1920 : « Servant d’une bravoure, d’un entrain et d’un dévouement des plus remarquables. Mortellement blessé à son poste de combat, le 27 septembre 1915. Décédé des suites de ses blessures, le 4 octobre 1915 ».

1. HOE : Hôpital d’Orientation et d’Évacuation. Souvent placé près des zones de combat,
chaque corps d’armée en possède un. Les poilus le nomment l’
achoé.



Contribution photo Gérard LAURENT
Joseph Arthur BRASSOUD, Mort pour la France le 4 octobre 1915



Journal des Marches et Opérations du 2ème Régiment d’Artillerie de Campagne, 7ème batterie à la date du
27 septembre 1915. Site
Mémoire des Hommes.







Combattants allemands dans une tranchée. Les mêmes peines, les mêmes souffrances…

 
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